En 2000, le C.L.E.C. a créé un atelier d’écriture à Paris, puis, en 2002, un autre à Toulouse. Voilà trois saisons qu’un groupe se réunit tous les mois à Paris autour d’une animatrice pour écrire en commun. Après avoir, pendant une vingtaine de séances, exploré les jeux d’écriture – tout est prétexte à écrire : lipogrammes, photos, peintures, mots, phrases... -, les participants de l’atelier ont décidé de se frotter à un genre littéraire : la nouvelle. Ainsi, au cours du premier trimestre 2003, sept stagiaires sont-ils venus quatre samedis de 9 h 30 à 17 heures dans les locaux de l’U.A.I.C.F. pour écrire une nouvelle.

La nouvelle est un genre littéraire exigeant et difficile. Une méthode progressive a rendu possible, en partant de l’idée un peu vague d’une histoire ou d’une émotion, la "production" d’un texte. Les retours, les échanges sur les impressions, les explications, les ressentis entre les écrivants ont permis à chacun d’améliorer son texte, tout comme le travail de lecture et de réécriture au sein de l’atelier et entre les séances.

Malgré difficultés, doutes, contraintes, obstacles, chacun est allé au bout de son projet ; aussi la satisfaction et le plaisir étaient-ils au rendez-vous. Comme dans les autres ateliers, celui de la nouvelle a suscité richesse de l’imagination et diversité des textes.

Une lecture publique de ces nouvelles a été faite par leurs auteurs le vendredi 13 juin 2003 au siège de l’UAICF. Si vous êtes intéressés par ces activités, contactez le C.L.E.C. :

  • par courrier, 7 rue du Château-Landon, 75010 Paris,
  • par courriel, à : besson.raymond.clec@wanadoo.fr.
Denise Thémines-Monville

Elle avait au contraire toujours été très entourée, chouchoutée dès sa naissance dans une famille dont elle était la plus jeune de cinq enfants, puis mariée avec un homme bon et attentif. Raisonnable, aussi. Grands dieux ! Raisonnable, ne l’était-il pas un peu trop ? En cet instant même, comme elle aurait aimé le secouer pour qu’il se départît enfin de son calme ! « Il n’y a pas le feu » ! Que lui fallait-il !

Liliane
 

Tous essayaient de nager. En réalité, s’ils remuaient les bras en surface normalement , ils avaient tous, par contre, une jambe qui traînait et le pied correspondant sur le fond qui poussait par intervalles réguliers pour les aider à avancer. Vu de loin, on pouvait croire qu’ils nageaient. Lucien en était conscient, sa nuit fut agitée : la démonstration, le lendemain, était prévue pour 15 heures , digestion oblige...

Alain

La mère, comme une biche aux abois, regarde avec terreur son mari qui soudain reprend conscience qu’il a un autre fils. Il s’approche de Dominique, l’air menaçant. Les poings serrés, il le dévisage, l’envisage soudain comme un ennemi potentiel, l’empêcheur de tourner rond, celui qui bafoue la maison Caseneuve, son entreprise, celle qu’il a bâtie de ses mains, qu’il chérit plus qu’un enfant, pour laquelle il a lutté pied à pied depuis toujours pour qu’elle soit la meilleure, la première, la véritable chair de sa chair, finalement sa seule raison de vivre.

Régine
 

Pourtant, il lui manquait encore une donnée : les cellules modifiées produisaient une hormone qui s’avérerait toxique à la longue. L’être humain était d’une complexité effrayante. Allan n’en pouvait plus. Devait-il donc aller jusqu’au bout ? La mission qui lui avait été confiée lui pesait maintenant. Il lui en avait fallu de la matière pour combiner, analyser toutes ces séquences ADN mais ce n’était pas encore suffisant. A force de fréquenter les hommes, il avait fini par les aimer, avec leurs défauts mais leurs qualités aussi. Ce mélange un peu confus d’amour et de pitié qu’il éprouvait maintenant pour eux, rendait difficile sa mission. Allan s’était pris à son propre jeu, il lui fallait pourtant continuer...

Nathalie

Le juge réajusta sa robe et poursuivit :

« Monsieur le brigadier, quand vous avez été appelé, qu’avez-vous constaté, le spectacle était-il si répréhensible ?

- Oh non monsieur le juge! »

Et les auditeurs présents éclatèrent de rire.

Pierre

Un chien sans collier déboule du fourré, pleure, se frotte au garçon, quémande soins et caresses. Le visage de Patrick s’illumine, s’échauffe ; le chien perdu est de bon augure. Il a toujours rêvé d’un chien à la maison mais les « vieux », ils n’en veulent pas. Ils disent comme ça qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper d’une bête, que ça reviendrait trop cher. Déjà qu’ils n’ont pas de temps à consacrer à leur fils ! Pourquoi donc l’ont-ils voulu, alors ? Ils n’avaient qu’à le laisser à l’orphelinat ! Tout feu tout flamme, ils jouent, la bête et le garçon, sans plus penser à rien. Ce n’est plus qu’un emmêlement de poils bruns et de cheveux rouquins jusqu’à ce qu’ensemble, ils s’acheminent sur le petit sentier qui longe le canal. Jusqu’au pêcheur, là-bas, immobile, assis sur son pliant rouge, fixant le bouchon qui ne s’enfonce pas. Près de lui, un petit feu de bois crépite vivement, tout en cuisant, enveloppées dans du papier alu, des pommes de terre. On en sent l’odeur.

Mireille

Après de longues heures de réflexions infructueuses, Elisabeth s'endort enfin, et ses rêves l'entraînent dans un palace, aux couloirs sans fin. Des portes s'ouvrent une à une ne laissant apparaître que des hommes ; des mains qui la happent, qui la touchent sans ménagement. Au fond d'un corridor, dans l'ombre, une jeune femme surgit et ricane. Au petit matin, la sueur glacée entre ses seins la délivre de ce cauchemar.

Marie-Christine